Impressions d’Angleterre

THE CITY OF OXFORD HIGH SCHOOL MAGAZINE VoL. LV, iii JULY 1963 No. 178

C’est avec un grand plaisir que j’ai accepté d’écrire ces quelques lignes à la veille de repartir pour mon pays.

Voilà bientôt une année, déjà, que j’ai eu l’honneur d’être nommé assistant à la ‘City of Oxford’; j’ai pu en apprécier l’ambiance générale, cette sorte de lien qui unit celui qui parle de celui qui écoute et j’avoue bien sincèrement que c’est avec des regrets non dissimulés que je vais devoir dans quelques jours quitter ces lieux.

Il me faut cependant faire taire tous ces sentiments et me décider à parler objectivement (si tant est qu’une étude de ce genre puisse être impartiale) de ce que j’appellerai le ‘phénomène anglais’ vu par un Français.

Cette confrontation de ‘l’insulaire’ et du ‘continental’ est une sorte de processus à trois étapes.

La première étape pourrait avoir pour titre opposition’ et je m’explique. Mes réactions générales des mon arrivee dans ce pays ont été présidées par un antagonisme fondamental vis-à-vis de divers aspects extérieurs de la vie anglaise. Les trains étaient trop lents, les ‘drivers’ trop maniérés, les maisons toutes enrobées du même style uniforme et ainsi de suite. Je ne pouvais me résoudre au brusque changement qu’avait provoqué mon départ de France et je réagissais comme le plupart des Anglais qui viennent passer chaque année une journée dans mon pays pour admirer le jour suivant les paysages de la ‘Costa Brava’. Cette première étape est celle du premier instinct, la seconde est par contre plus sentimentale que réaliste et je l’appellerai l’étape de la surprise.

Le charme des manières anglaises commence à agir en un effet bénéfique sur l’arrivant. L’opposition s’effrite au fil des jours et fait place à l’étonnement; on s’étonne que le cricket puisse jouer un rôle aussi grand dans la vie des Anglais, mais on ne fait pas de commentaires; on s’aperçoit que les taxis sont tous uniformes, eux aussi, comme les maisons, mais qu’après tout il en est aussi bien ainsi. Le chauvinisme disparaît de plus en plus, sauf peut-être à l’occasion des matchs de Rugby et du Derby d’Epsom et fait place à une certaine compréhension qui n’est que la préfiguration de la troisième étape que j’appellerai celle de l’adhésion. C’est l’étape décisive et qui justifie notre séjour ici. Nous faisons partie de la ‘Communauté’ (qui n’est pas la traduction de Commonwealth, rassurez-vous) mais qui est ce lien de fait qui unit l’orateur au spectateur en un sentiment que les Français appellent l’amitié et qui se justifie en ce qu’il est plus fort que toutes les ‘idées forces’, qu’elles soient politiques ou autres.

Cette amitié, qui participe de la compréhension d’un peuple vis-à-vis d’un autre peuple ou qui en est son aboutissement ne nous empêche pas cependant de critiquer çà et là les divers aspects de la vie anglaise que nous jugeons choquants. Il m’est apparu ainsi qu’il y avait quelque abérration de la part d’une nation aussi civilisée, à publier un hebdomadaire comme “The News of the World’ et à cet égard il est curieux de constater que ce journal bénéficie du plus grand tirage parmi les tirages. N’y a-t-il pas assez de jolies filles en ce pays? On le croirait, car nombreux sont ceux qui préfèrent les photographies suggestives et les commentaires friands.

Mais oublions tout cela et en guise de conclusion, tout en élargissant le problème, penchons-nous plutôt sur l’avenir européen.

L’Allemagne fait partie de cette Europe mais elle a bien failli nous empêcher d’en faire à jamais partie, il y a de cela … ma foi nous avons oublié.

L’Angleterre, elle, nous a aidés à rester européen; à ne pas succomber, il y a de cela … ma foi nous avons aussi oublié.

Les Français, ont-ils la mémoire courte? Peut-être; nos gouvernants certainement et c’est ainsi que s’est dessinée une alliance à contre-courant qui isole votre pays. Si faire l’Europe consiste à gouverner pour diviser. Alors, quel succès!!! sinon….

Mais je me prends à faire de la politique et je me fatigue. Finissons donc sur une note plus gaie.

“Rien n’est plus précieux,” disait Tristan Bernard, “que le temps des gens qui travaillent, si ce n’est pas le temps des gens qui se reposent de leur travail.” C’est sur cette boutade que je vais prendre, moi aussi, quelque repos.

Bonnes vacances, donc, à tous, et merci pour l’excellente année que j’ai passée en votre compagnie.

C. Genestie, assistant de langue

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